mardi 9 août 2016

La France a déjà perdu ses Juifs


Fut un temps, pas si vieux - puisque je l’ai connu - où les Juifs s’impliquaient dans les affaires de la France, par obligation et par choix. Ainsi, on y faisait son service militaire et certains juifs n’hésitaient pas à faire la PMS (préparation militaire supérieure) pour devenir officiers et rejoindre après leur service le Corps des Officiers de Réserve. Il était de bon ton, pour les plus doués d’entre eux, de passer le concours de l’ENA pour intégrer les différents Corps de l’Etat. Certains choisissaient de s’impliquer dans les affaires locales et devenir Conseillers Municipaux, voire Maires de leur Commune. D’autres militaient dans les Partis politiques, à tous niveaux, ou dans des Associations de toutes natures où se rencontraient Levy, De Laporte Qui Penche, Sanchez et Ben Ali, en toute camaraderie. Certains de ces Juifs croyaient au Ciel, d’autres n’y croyaient pas, mais tous étaient convaincus que le projet France méritait que l’on y consacrât une part de son énergie. On se passionnait pour les élections et on pesait la valeur des candidats à l’aune de ce qu’ils apporteraient en cas de victoire à la communauté nationale. Ainsi les Juifs français, et plus largement les Juifs européens, se comportaient vis-à-vis de leur pays, un peu comme se comportent aujourd’hui les Juifs américains, parce que l’avenir de leur pays leur importe, parce que they care.
L’implication des juifs dans le business France s’est érodée progressivement jusqu’à devenir epsilonesque. Bien sûr, il existe encore quelques Juifs qui suent, militent et s’impliquent en politique, mais, entre nous, ils sont tellement peu Juifs qu’il est difficile de les comptabiliser. Sans ouvrir le débat entre « qui est juif et qui ne l’est pas », disons simplement que les spécimens qui continuent à œuvrer, ou à s’agiter, aux choix, placent leur judaïté au plus bas de l’échelle de leurs valeurs ou préoccupations, sans parler de ceux n’avouerons jamais qu’ils sont Juifs ; et ceux-là sont légion.
Bien sûr, tous les Juifs de France, à l’inverse des Juifs norvégiens, n’ont pas quitté physiquement l’hexagone, parce qu’il faut bien que le magasin ouvre le matin et ferme le soir et, comment faire chauffer la marmite sous d’autres cieux, mais ont cessé de s’impliquer dans la communauté nationale, si ce n’est pour tenter d’imaginer si la peste est préférable au choléra, ou l’inverse. La France est devenue un vaste champ de bataille où ils se savent perdants quel que soit le camp qu’ils pourraient choisir. Donc, avant même de songer à rejoindre des prairies plus vertes, ils n’ont le choix qu’entre la marranisation ou le ghetto. D’un côté : se cacher, gommer, voire détruire les signes extérieurs de judaïté et cesser la chêne de la transmission, de l’autre, s’enfermer dans un communautarisme plus ou moins étouffant. Dans les deux cas de figure les juifs ont quitté la France même s’ils continuent à y habiter.

12 commentaires:

  1. Bensousan Jacques10 août 2016 à 08:40

    Je rejoins cette analyse en y apportant un bémol...tous les juifs n'ont pas "encore quitté" la France, mais le mouvement est en marche et seuls resteront quelques uns qui choisiront la marranisation...tout n'est pas encore perdu, bien que...l'avenir s'assombrit

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    1. Comme disait l'autre "tout n'est pas perdu sauf l'honneur"

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  2. Je voudrais juste rappeler une vieille histoire.
    On raconte qu'il y avait 2 sortes de Juifs en Europe avant-guerre.
    Les pessimistes et les optimistes.
    Les pessimistes avaient durant les années 30-40 préparé leur sortie du territoire. Et les optimistes qui ne voyaient pas l'intérêt de préparer cette sortie.
    Les pessimistes ont survécu parce qu'ils sont partis avant.
    Les optimistes ont fini par partir mais.... par la cheminée.
    Louis

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    1. La dernière phrase est de très mauvais goût!!!!

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    2. Pas de choix en 40, ceux qui ont pu partir avant, ont été refoulés de ports en ports, et refoulés d'entrée à Jérusalem. Le meilleur choix a été celui de la dispersion. C'est tout le contraire aujourd'hui, il y a un espoir viable que l'on soit optimiste ou pessimiste, il y a Israël, Et ceux qui restent en Diaspora ne risquent pas plus que les Chrétiens.Ils n'ont jamais perdu leur identité sous des siècles de persécutions. A présent les Juifs sont une source vive partout

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    3. Pourquoi la phrase "Dans les deux cas de figure les juifs ont quitté la France même s’ils continuent à y habiter". est-elle de mauvais gout ? Elle correspond à la logique de l'article et dans ce cas vous devriez contester tout l'article. Par ailleurs expliquez moi comment les juifs continuent à s'impliquer dans le destin de la France, si ce n'est en y payant leurs impôts ?

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    4. A Anonyme: Il ne s'agit pas de risque ou de danger; Israël est aussi "risqué" qu'ailleurs. Il s'agit de l'espoir qu'avaient les Juifs de pouvoir influer sur sur leur pays d'adoption et je constate qu'au bas mot ils s'en foutent aujourd'hui , ne se préoccupant que de leurs affaires, petites ou grandes. Quant à la "source vive", expliquez moi parce que je ne vois pas où on peut encore s'y abreuver.

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  3. Joli lapsus, en tout cas, à l'avant dernière ligne ou à peu près, "chêne" de transmission, on a retrouvé le chêne non manquant ;-)

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    1. Merci de m'avoir signalé le lapsus. Il est certainement lourd de sens même si je n'arrive pas encore à bien le décoder. Le chêne est un arbre haut, résistant et "éternel" , un peu la finalité de la chaîne de transmission. ?????

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  4. A qui devra-t-on apprendre que ce processus de désertification des Juifs de Diaspora est écrit dans nos livres, et qu'il est encore heureux qu'il se vérifie pour nous conforter dans nos croyances !

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  5. A qui devra-t-on apprendre que ce processus de désertification des Juifs de Diaspora est écrit dans nos livres, et qu'il est encore heureux qu'il se vérifie pour nous conforter dans nos croyances !

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    1. Cet article est un constat et non une interprétation biblico-messianique. Cela dit, il y a bien des choses à apprendre aux Juifs et aux non-Juifs sur le rôle et la mission des des Juifs en Diaspora et sur ce qui se produit quand les Juifs vivent ici et ont le regard ailleurs

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