mercredi 12 juin 2013

"La Kabbale, le Yin et le Yang"


Cet Essai, à paraître traite des troublantes similitudes qui existent entre le Judaïsme et les sagesses extrême-orientales. Je vous livre en avant première dans cet article une partie de l’introduction qui vous donnera envie de lire le livre 

En -722, selon la chronologie classique, les Dix Tribus d’Israël, sous le règne d’Ezékias sont conquises puis exilées par  le roi perse Salmanazar V ; le royaume d’Israël n’aura duré que 209 ans. Les Dix Tribus qui auraient démérité en se livrant, entre autres, à l’idolâtrie furent d’après les Sages exilés au quatre angles de la terre.Le Maharal de Prague rapporte l’opinion selon laquelle les Dix Tribus se sont assimilées aux Nations de telle façon qu’il n’était alors plus possible de repérer leur origine hébraïque. Si leur trace se perd dans la nuit des temps, leur influence sur les peuples qui les accueillent n’en est pas moins probable. Il est en effet difficile d’imaginer qu'autant d’individus n’aient pas continué à  perpétrer certaines traditions mosaïques acquises durant des millénaires, donc influencé peu ou prou,  les peuplades dans lesquelles elles se sont assimilées.
Condamnés à errer jusqu’aux « quatre angles  de la terre », comme nous dit la Torah, il est vraisemblable qu’une partie de ces exilés se soient retrouvés dans la partie la plus orientales de la terre occupée ; à savoir au Japon, qui, de par sa position géographique, constitue un excellent angle.

La recherche des Tribus perdues n’est pas simplement un mythe ; pour l’Etat d’Israël et pour les descendants des tribus perdues il est devenu une réalité tangible. C’est ainsi que les Falashas d'Éthiopie ont pu obtenir d'être reconnu comme juifs, et ainsi immigrer en Israël à partir de 1973 grâce à leur reconnaissance comme descendants de la tribu perdue de Dan par le grand rabbin sépharade d'Israël, Ovadia Yossef, en 1973. En 2005, le grand rabbin séfarade d'Israël, Rabbi Shlomo Amar a formellement identifié le Bnei Menashe en tant que descendants d'Israël, confirmant leur revendication à une ascendance juive. Les Bnei Menashe, une population d'apparence asiatique vivaient sur la frontière Birmane, dans le Nord-Est de l'Inde, et affirmaient depuis les années 1950 descendre de la tribu de Manassé, laquelle serait venu trouver refuge au fonds de l'Asie. 100.000 d'entre eux vivent depuis 2006 en Israël, officiellement convertis.

Quand les Dix tribus furent déportées, Dieu décida  de les faire passer au-delà d’un fleuve mythique que l’on nomme le Sambation. Malgré de nombreuses spéculations, nul ne sait où se trouve ce fleuve ; la seule certitude est qu’il est situé à l’Orient d’Israël. Par contre on sait avec précision quelles sont ses particularités : Il est infranchissable. En semaine il est particulièrement tumultueux et bruyant, charrie du sable et des pierres, certains disent du feu, et il se repose le Chabbat. Ce jour là, il est bien entendu défendu de le franchir, et pour plus de sécurité, de gardes armés sont postés afin de dissuader les mécréants.A quoi sert ce fleuve ? Les plus pieux d’entre nous diraient à ne pas transgresser le Shabbat ; d’ailleurs certains appellent le fleuve Sabation et non Sambation. D’autres soutiennent que si les Juifs ont été exilés par Dieu au-delà de ce fleuve, c’est pour les empêcher de revenir dans leur patrie d’origine. On peut également avancer une troisième explication : s’il était impossible au Hébreux de traverser le Sambation à pied sec en direction de l’ouest, rien ne les empêchait d’explorer les territoires situés à l’est de ce fleuve. Les explorer, s’inspirer de leurs traditions et leur communiquer les leurs. Les Hébreux, empêchés de retourner dans leur pays ont vraisemblablement laissé leur trace dans ce territoire immense et infranchissable situé à l’est du Sambation, jusqu’aux confins de la terre. Fidèle à la promesse des Anciens, ils avaient accepté l’évidence que seul le Saint-Béni-soit-Il pourra les faire revenir sur leur terre sur les ailes d’un aigle - voire un Dakota ou un Boeing – quand ces machines existeront et quand Il le jugera utile et nécessaire.
Une des plus anciennes tentatives de  localisation du Sambation est fournie au VIII e siècle par un érudit musulman Muqatil bin Sulayman (767 CE) qui situe le peuple de Moïse au-delà d’une rivière de sable située en Chine, et certains hadiths du Coran nous expliquent que ces Hébreux ont creusé un tunnel entre le Mont du temple et la Chine, pour déboucher dans un lieu  où ils pouvaient pratiquer leur foi en toute quiétude. Aujourd’hui, on peut traverser à gué le Sambation, les Dix Tribus, pas si perdues que ça, reviennent progressivement  sur leur terre.                                      
Dans quelle mesure les tribus d’Israël exilées au-delà du fleuve Sambation ont-elles imprimé  leur marque les civilisations dans lesquelles elles ont vécues ? Dans quelle mesure les caravanes en partance du Moyen-Orient et se dirigeant vers l’Orient extrême ont-elles transporté et semé en route les coutumes et religions en vigueur en Canaan, Mésopotamie et Babylone, dans les contrées où le soleil se lève ? Nul ne peut y répondre. Existe-t-il une tradition ancestrale qui remonte à l’origine des jours, à la dispersion de la Tour de Babel, ou consécutive au déluge de Noé, évoqué également l’Epopée de Gilgamesh,  mais elle est à coup sûr beaucoup plus ancienne. Elle semble s’inspirer, dans son récit du déluge, du mythe babylonien d’Atrahasis ? Mystère.

Par contre, une chose est certaine : on constate des similitudes troublantes entre les textes hébreux, fondateurs du Judaïsme rabbinique,  de la Kabbale et de l’éthique juive, et les religions, philosophies et morales extrême-orientales. Le polythéisme n’a pas toujours caractérisé l’Hindouisme et le Shintoïsme, et, il est relativement aisé de démontrer qu’à l’origine, ces religions s’inspiraient du Dieu Un et que des Commandements positifs juifs tels que le port des téfilin et des tsitsit, sous une forme abâtardie, sont encore en usage dans les pays du Soleil levant. Si la religion mosaïque a marqué de façon indélébile l’Occident, à travers les deux branches principales qui en sont issus, à savoir le Christianisme et le Judaïsme, on a coutume de prétendre que son influence sur les cultures et les religions extrême-orientales est inexistante.  Nous tenterons de démontrer qu’il n’en est rien.

Nous avons choisi de nous attacher plus particulièrement  dans cet essai aux parallèles entre l’éthique confucéenne et la morale juive. Dans sa préface à sa nouvelle édition des Analectes de Confucius, Lin Yutang, un prestigieux écrivain  Chinois,  écrit en 1938 : « le corps de la pensée confucéenne est celle qui ressemble le plus  aux Lois de Moïse et il est plus aisé de comparer l’enseignement de Confucius à celui de Moïse qu’à tout autre penseur ou philosophe. Le Li de Confucius, comme la Loi de Moïse couvre aussi bien des lois religieuses que des lois de la vie civile. La religion du Li comme le Judaïsme, traite  aussi bien du culte que la vie quotidienne  jusqu’à descendre dans les détails dans  ce qu’il convient de boire et de manger »

Le Li, souvent traduit par bienséance, respect, courtoisie, rituel ou norme idéale de conduite, n’a à priori  rien de religieux. Pour un esprit occidental, c’est un mode de comportement souhaitable afin que les individus puissent se supporter les uns les autres. De quelle religion s’agirait-il alors, quel rôle occuperait Confucius dans la chaîne  de transmission et pourquoi comparer l’enseignement de Confucius à celui de Moïse ?

Les audacieux qui aimeraient en savoir d’avantage sur les voies du Ciel, le Maître répond sèchement  par une question, digne d’un Rabbi hassidique : « As-tu bien compris la terre et les hommes pour vouloir comprendre le Ciel ?». Cela signifie, il me semble, qu’il y a bien quelque chose à comprendre mais que ces choses n’ont été révélées  qu’à un seul homme, instrument du Ciel, qui s’en sert comme une cloche à battant de bois, pour avertir et éduquer le peuple. Maitre Kong filtre, tamise le Ciel, pour ne laisser passer que le stricte nécessaire, qui pourra être compris par les hommes : les règles du vivre-ensemble.
C’est un peu comme si Moïse avait fait un tri parmi les Commandements et livré ce qu’il estimait utilisable et nécessaire pour son peuple ; gardant par devers lui les mystères d’En-Haut.  Maître Kong « refusait de parler des esprits ou de la mort »; preuve, s’il en est, qu’il était bien informé. Aussi se contenta t-il d’enseigner les règles de vie,  ou la voie de la terre, que l’on nomme en hébreu derekh ahayim ou haaretz. Les Rabbins nous enseignent que ces voies de la terre ont précédé la Torah, elles constitueraient donc un socle universel de la vie en société.
Selon Confucius et les cabalistes juifs, et tout particulièrement le Ari et ses disciples de Safed, le Tsimtsum, soit une forme de contraction ou de dissimulation de la Lumière  divine, permet  à la Création de prendre place, et aux hommes de se produire sur la scène de l’histoire, bénéficiant, ou subissant l’absence de dieu. La tâche de l’homme juif consiste à récupérer les étincelles divines là où elles se trouvent ; celle du Chinois de marcher dans la voie tracée par Confucius, sans se poser des questions auxquelles il n’a pas le moyen de répondre.

La grande différence entre le Judaïsme et le Confucianisme, mais aussi avec le Catholicisme et l’Islam est que le dieu d’Israël a conclu son alliance et transmis son enseignement, non pas à un homme mais à un peuple. Le dieu des Juifs est auteur mais aussi acteur dans l’histoire humaine, et le peuple juif est le seul parmi les peuples qui ne s’est pas constitué sur sa terre mais dans l’esclavage d’Egypte ; il n’est vraiment pas possible d’en faire l’impasse. Mahomet, Jésus et n’en déplaise aussi, Confucius, tamisent et transmettent le divin et Ses exigences ; avec insistance pour les deux premiers, dans la plus grande discrétion pour Maître Kong.
Mais lorsqu’il s’agit de reprendre ce qu’en hébreu on appelle mitsvot ben Adam léhavéro ; soit le comportement souhaitable entre l’homme et son prochain, Confucius reprend, quelquefois à l’identique, l’enseignement des rabbins à travers les âges.  

Les Pirquei Avot,  soit, les Maximes des Pères, est le seul traité talmudique qui traite de ces règles, n’élaguant pas Dieu mais le reléguant  au second plan. Il ferait, selon certains, partie d’un long traité qui se serait perdu ou qui a été volontairement shunté par les Rabbins, qui, voyant poindre  l’exil, ont considéré qu’il y avait des choses plus importantes à transmettre aux juifs en Galout15 que les règles de bienséance.

Comment est-il possible qu’un érudit Chinois qui a vécu cinq siècles avant l’ère ordinaire nous parle comme rabbi Hillel16 ou le Roi David dans ses Psaumes ? C’est aussi à cette question que cet essai s’efforce de répondre.

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