dimanche 11 novembre 2012

Dans notre société de consommation, le mariage est devenu un produit de consommation courante. Qu’en dit le Judaïsme ?



Le mariage homosexuel défraie la chronique et divise la société. Normal, car on ne s’attache qu’à l’un des deux aspects du problème, qui est l’orientation sexuelle des protagonistes et non à la signification et au contenu du mariage. Jadis on économisait pour se procurer un produit de qualité qui allait vous faire « toute un vie ». Je porte aujourd’hui encore des chaussures Weston que j’ai acheté il y a trente ans. Bien entendu, j’en prends soin. De nos jours on ne cherche plus à trouver chaussure à son pied, mais à prendre son pied (pas terrible comme jeu de mots mais suffisamment explicite). Et ainsi, le mariage est devenu un produit jetable, d’une durée de vie à peine supérieure à celle une bonne machine à laver.

Dans le Judaïsme, le mariage est chose sérieuse et ardue au point que 7 traités (Guemarot)  et pas des plus faciles, lui sont consacrés dans le Talmud. Le dernier traité de la Mishna Nashim (femmes), Kiddoushin traite des fiançailles, du mariage, du statut de la progéniture et de bien d’autres choses. Auparavant, le traité Ketoubot, contrats écrits de mariage,  aura traité de la forme et de la  présentation du contrat, de sa valeur monétaire, du droit matrimonial, de l’héritage ainsi que des devoirs mutuels des conjoints. Bref, en théorie, avant de se marier, le marié et la mariée (pour ce qui est des choses féminines qui la concernent), doivent posséder en théorie une culture étendue et/ou bénéficier d’un enseignement dispensé par spécialistes bien informés de ces choses.  

A ce stade, il importe simplement de noter que le terme de Kiddoushin provient de la racine Kadosh, soit sainteté ou sanctification. Lorsque l'homme passe la bague au doigt de sa future épouse, il lui dit: « Haréi At MéKoudéshét Li,  Voilà que tu m’es sanctifiée selon la loi de Moïse et d'Israël ». Et les personnes qui assistent au mariage répètent « Mékoudéshét ». En fait la signification première du  mot Kadésh est que l’objet (Autel du Temple, par exemple), l’événement (le Chabbath) et, pour ce qui nous concerne, la fiancée, a été soustraite du domaine profane pour rentrer dans une sphère sacrée. D’où sans doute le terme « consacré » en français qui a perdu son sens premier.

Les Sheva Brakhot, soit les Sept bénédictions que l’on prononce à tout mariage juif font intervenir un tiers qui n’est autre que le dieu d’Israël, sans lequel un mariage juif n’aurait même pas la valeur d’un PACS.  Et ces bénédictions dépassent largement le cadre seul d’une union entre un homme et une femme, pour se projeter dans l’Histoire de la Création,  le devenir de l’Humanité et le retour des exilés à Sion. Sacré programme et sacrée responsabilité pour un couple de jeunots inexpérimentés qui veulent convoler en justes noces et qui, se faisant, se projettent dans une dimension cosmique.

Il ne s’agit pas de transposer ce modèle; bien que des tentatives de copiage aient été empruntées par d’autres religions, mais de revenir sur le contenu et la finalité du mariage dans la société contemporaine. En l’absence de la moindre once de méta dans l’union de deux personnes, dans ce qu’elles voudraient intituler « mariage civil », il ne me semble pas important de se préoccuper du sexe ou de tout autre caractéristique d’ailleurs des conjoints. Le corollaire de cette absence de « sainteté » transforme un engagement entre deux personnes en produit à durée de vie éphémère ; jetable en quelque sorte, dès qu’un produit semblable plus rutilant apparaît au coin de la rue.

Quant aux nouveaux époux juifs qui ne comprennent pas un traître mot au sens des paroles en hébreu qu’ils prononcent et aux bénédictions qui leur sont prodiguées, il est largement temps de commencer à fournir l’effort nécessaire pour les apprendre et les comprendre. 

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