vendredi 30 novembre 2012

Avant l’Onu, Publicis avait déjà reconnu la Palestine


J’ai été passablement occupé cet été, aussi j’ai zappé un évènement  en soi dérisoire mais d’une haute portée symbolique :Publicis, troisième groupe mondial de communication de la planète terre, a débarqué en Palestine. Maurice Levy et  Jean-Yves Naouri, les deux principaux dirigeants de Publicis se sont rendus à Ramallah pour concrétiser une première prise de participation de 20 % dans l’Agence Zoom dirigée par Monsieur  Bashar Masri (entrepreneur Américano-palestinien qui a fait sa fortune essentiellement dans l’immobilier et accessoirement dans la presse et la publicité). L’Agence palestinienne compte comme clients : la Banque de Palestine, le groupe Paltel, la Bourse de Palestine, Coca-Cola, l’Union Européenne, l’UNICEF, UNRWA, Peugeot, Cairo-Amman Bank et la nouvelle ville la nouvelle ville palestinienne planifiée de Rawabi.

Maurice Lévy, Président du Directoire de Publicis Groupe,  a déclaré ce jour là : « La transaction d’aujourd’hui est importante sous plusieurs angles. Bien entendu, il s’agit de développer la présence de Publicis pour servir nos clients partout où ils sont présents. Mais intervenant immédiatement après l’acquisition de BBR en Israël, la portée de cette opération va bien plus loin, tant sur le plan symbolique que dans la poursuite du rêve de tout homme, de voir la paix s’établir dans cette région, entre les peuples israéliens et palestiniens … » .

Bien entendu, cette déclaration n’engage que son auteur, et on pourrait disserter à l’infini sur la légitimité de la Palestine, la signification même de ce vocable et l’existence ou l’inexistence d’un peuple que Maurice Levy qualifie de « palestinien » ; d’autres comme Shlomo Sand se demandent bien si le peuple juif existe ! Mais en définitive là n’est pas la question.

Ce qui m’interpelle dans cette initiative c’est que ce soient précisément Levy et Naouri, dirigeants de l’Agence de publicité la plus feuj qui soit, même si sa taille, désormais internationale, a quelque peu gommé cette caractéristique, ainsi que les origines de son fondateur Marcel Bleunstein Blanchet. Il  existe de par le monde bien d’autres agences de Publicité, qui auraient pu s’intéresser au marché publicitaire palestinien, et racheter ou prendre une participation, supérieure même à 20 %, dans la première Agence publicitaire de Ramallah. Non, il faut que ce soit Maurice Levy qui prenne tout le monde de vitesse.

Ne vous y trompez pas, j’ai un grand respect pour Maurice Levy qui est certainement parmi les plus grands entrepreneurs français de ces 40 dernières années ; d’autant plus qu’il n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche, comme d’autres. Marcel B.B a vite pressenti que Maurice avait de l’envergure, et il lui a passé les rênes de son Agence.  Ni Marcel, ni ses descendants (famille Badinter) n’ont eu à s’en plaindre, bien au contraire; en quelques années Maurice a multiplié par 10 le nombre de salariés du Groupe.

Maurice a (presque) toujours eu du nez dans les affaires et un sens aigu du relationnel utile. Il possède à ce que l’on dit le carnet d’adresses le plus fourni de France et de Navarre et, à mon avis, personne, de quelque bord que ce soit, n’a jamais refusé de répondre à son appel téléphonique. Ainsi, s’il a jugé bon d’associer le nom de Publicis à celui de Zoom Ramallah, c’est qu’il a des raisons pour cela.

Essayons de voir lesquelles.

D’abord un souci d’équilibre. Plus de quatre cent personnes en Israël travaillent dans des agences de publicité, détenues en totalité ou en partie par Publicis ; il était donc souhaitable, pour ne pas indisposer les pays arabes  où Publicis est solidement implanté (Emirats Arabes Unis, Egypte, Jordanie, Koweït, Arabie Saoudite et Qatar) de s’intéresser à la seule Agence de Publicité cisjordanienne, qui puisse corresponde aux normes d’exigence de Publicis.

Maurice Levy doit savoir, comme votre serviteur, dont le patronyme est également « Levy »,  que ce qui importe le plus aux Arabes de Cisjordanie (Maurice dit : « de Palestine ») est d’être reconnus par les grandes instances internationales (en hébreu cela s’appelle donner du Kavod). La meilleure preuve est l’acharnement d’Ahmoud Abbas, de voir décerner par l’ONU à la Palestine un statut officiel, même bancal. Qu’une agence de Publicité de Ramallah qui emploie 23 personnes soit intégrée au réseau mondial de Publicis Worldwide est une marque de considération presqu’aussi grande  que de devenir un État non membre observateur à l’ONU. Qui plus est, Levy et Naouri ont fait le déplacement à Ramallah - soit au milieu de nulle part -  pour parapher cette prise de participation symbolique qui a dû couter à Publicis moins cher que le voyage de ses dirigeants en Cisjordanie. A la place de Zoom, j’aurais même payé Publicis pour pouvoir rejoindre son réseau et porter sa bannière.

Messieurs Levy et Naouri souhaitent offrir à leurs clients internationaux la plus large toile d’araignée publicitaire mondiale ; comment est-ce possible dans ce cas de ne pas avoir une Agence à Ramallah, là où tout se passe n’est-ce pas ? A mon avis cette implantation saugrenue risque de leur faire perdre plus de clients que d'en gagner. 

Pour ce qui est de la paix, que tout homme raisonnable doit appeler de ses vœux, il est difficile de ne pas être d’accord avec Levy. Le problème est bien sûr de savoir de quelle paix on parle, quelles sont les conditions pour y parvenir et avec quel partenaire/ennemi on peut envisager la paix ? S’il ne s’agit de la paix nécessaire à la bonne marche des affaires, et la publicité n’est jamais qu’un des volants du business, alors Publicis a eu raison de prendre une participation dans Zoom Ramallah. Ce qui me pose véritablement problème, c’est que ce soit précisément Publicis et non un autre groupe publicitaire qui se soit investi et ait investi en Palestine.  

Jean-Yves Naouri nous fournit une clé de compréhension: «…  Le monde arabe adopte la technologie numérique à une vitesse sans précédent comme l’ont montré les événements du printemps arabe et la Palestine ne fait pas exception. Nous avons eu la chance de trouver un partenaire aussi très prometteur en Palestine et cette transaction souligne notre volonté de nous renforcer dans la région ».

De quelle région s’agit-il, sachant que Publicis est déjà présent en Jordanie et en Egypte ? De renforcer l’implantation de Publicis dans les pays du Moyen-Orient où il est déjà présent, de créer une succursale de Zoom Publicis à Gaza, d’investir au Liban, puis dans la Syrie post Bashar El Assad, de pousser encore plus à l’est dans les plaines babyloniennes ?

Franchement Monsieur Levy, revendez votre participation dans Zoom Ramallah, ne vous occupez  ni de symbolique, ni de la paix entre la Palestine et Israël, ni du printemps arabe et allez investir dans des pays d’avantage porteurs d’avenir, comme l’Afrique noire et/ou l’Extrême Orient. Enfin, c’est l’avis d’un autre Levy, ex publicitaire.


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