samedi 9 juin 2012

Doit-on prêter les synagogues aux Musulmans en manque de mosquées ?



L’Imam Hassen Chalghoumi, que certains ont coutume d’appeler « l’Imam des Juifs », ce qui lui vaut quelques solides inimités, a rencontré en Israël le Grand rabbin ashkénaze de l’Etat d’Israël Yona Metzger. Celui-ci lui a raconté que lors d’un de ses voyages en Kazakhstan, faute d’une communauté juive, il est allé prier dans la Mosquée du quartier. L’Imam Chalghoumi est ébahi; il ne savait pas qu’un juif puisse prier dans une mosquée ! Ce scoop l’a tellement enthousiasmé  qu’il a proposé aussitôt à Rav Metzger de se rendre à Paris, dans une grande Mosquée, pour y prononcer un discours.
Tout cela est fort sympathique. L’Imam, jadis classé extrémiste lorsqu’il prêchait le Jihad a manifestement fait depuis téchouva (marche arrière). Il a soutenu la loi interdisant le port de la Burqa, dénoncé la confrérie des Frères Musulmans qu’il a qualifié de plaie pour l’islam et même participe à des conférences de presse en compagnie de BHL, qu’il considère sans doute comme le représentant officiel de la communauté juive française; tout le monde peut avoir des lacunes.
Ce qui m’intéresse d’avantage c’est l’initiative de Rav Metzger d’aller prier dans une mosquée alors que théoriquement il aurait pu le faire dans sa chambre d’hôtel au Kazakhstan. Son objectif est clair: que la chose se voie et se sache. Sur le plan halakhique (de la Loi juive) cela ne pose évidemment aucun problème. En effet, s’il est impensable pour un juif de prier dans une église – certains évitent même de pénétrer dans un lieu de culte chrétien –  rien ne lui interdit de visiter une mosquée et, s’il est pris par le temps, de faire sa prière ; avec la bénédiction de ses occupants habituels, c’est plus prudent.
La réciproque est-elle vraie: un musulman peut-il prier dans une synagogue et si oui, y est-il le bienvenu ? A la première question, la réponse st affirmative : rien dans une synagogue n’est susceptible de heurter le musulman, à l’exception peut-être de la quantité de sièges ou de bancs qu’on y trouve et qui l’empêchent de prier à même le sol. Quant à savoir s’il est le bienvenu, cela dépend du Rabbin et des membres de la communauté. Ainsi, deux Synagogues réformées dans l’Etat de Virginie ont pris l’habitude de louer leur local à la communauté musulmane locale qui manquait de place pour le Ramadan.
L’organisation est  huilée ; les Juifs se rendent à la synagogue pour l’office du vendredi soir lorsque les Musulmans en sortent ayant terminé leur prière. Et puis ça fait rentrer des sous dans les caisses de la synagogue ; les Musulmans payant rubis sur l’ongle. On se salue : Shalom, Salaam, des activités communes sont organisées et certains musulmans se sentent si bien pendant les offices juifs qu’ils y restent,  négligeant ainsi de se rendre à la mosquée à l’heure de la prière.
L’exemple de la Northern Virginia Hebrew Congregation est-il transposable ailleurs – en France par exemple - et si oui, est-ce souhaitable? Quand on voit les pauvres musulmans prier dans la rue faute de mosquée appropriée, ne serait-ce pas charitable, judaïquement parlant, de leur prêter, ou louer, la synagogue aux heures creuses, d’autant plus qu’un Musulman comme un Juif ne peut prier dans une église encombrée de signes spécifiques qui heurteraient sa sensibilité.
La question mérite débat. Qu’en pensez-vous ?

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